Parmi les figures les plus influentes de Vaelris, peu suscitent autant de respect mêlé de prudence que Dame Veyrissia Dhal. Son nom circule dans les palais comme dans les tavernes, chez les marchands comme parmi les voleurs, mais rares sont ceux qui prétendent réellement la connaître. Tous s'accordent pourtant sur un point : lorsqu'elle accepte de jouer une partie, elle en connaît généralement l'issue bien avant ses adversaires. Elle parle peu, écoute davantage et son regard semble souvent peser plus lourd que ses paroles. Beaucoup ressortent de son bureau avec la désagréable impression de lui avoir confié bien plus qu'ils ne l'avaient prévu. Certains la disent manipulatrice, d'autres simplement plus lucide que la plupart des habitants de Vaelris. Une chose demeure certaine : il est extrêmement rare qu'elle se trompe.
Une arrivée dont personne ne parle
Les archives les plus anciennes rapportent qu'une jeune femme blonde aux yeux clairs arriva un jour à Vaelris dans une charrette transportant plusieurs filles de joie. Personne ne connaît véritablement son pays d'origine. Beaucoup pensent qu'elle avait été enlevée puis revendue avant d'être acheminée de ville en ville comme une simple marchandise. Veyrissia n'a jamais cherché à dissimuler cette partie de son existence. Lorsqu'on l'interroge, elle répond avec une franchise presque déconcertante. Pourtant, les questions cessent généralement d'elles-mêmes. Non parce qu'elle refuse d'y répondre, mais parce que ses interlocuteurs comprennent rapidement que certaines vérités n'ont pas besoin d'être remuées pour continuer d'exister. À Vaelris, chacun sait que certaines blessures méritent de rester dans l'ombre.
La renaissance de la Maison de Velours
Lorsque Veyrissia reprit la direction de la Maison de Velours, l'établissement n'était plus que l'ombre de lui-même. Les clients se faisaient rares, les dettes s'accumulaient et beaucoup pensaient sa fermeture inévitable. Elle comprit pourtant ce que personne d'autre n'avait réellement saisi : la Maison de Velours ne devait pas être un simple lieu de plaisir, mais un refuge. Les chambres restèrent ouvertes à ceux qui recherchaient une nuit de compagnie, mais elles accueillirent bientôt des voyageurs fatigués, des marchands désireux de parler loin des oreilles indiscrètes, des nobles venus chercher un conseil, des capitaines souhaitant négocier discrètement ou de simples habitants ayant besoin d'être écoutés. Certaines personnes ne franchissent désormais plus les portes de la Maison de Velours pour ses pensionnaires. Elles viennent uniquement rencontrer Dame Veyrissia.
Le second contre-pouvoir
Si la Guilde des Voleurs contrôle les ombres de Vaelris, la Maison de Velours contrôle les confidences. Son influence dépasse largement les murs de l'établissement. Les secrets y circulent, mais ils en ressortent rarement. Les informations y sont échangées avec une prudence infinie, les alliances s'y nouent autour d'un repas et les querelles y trouvent parfois une issue avant même d'atteindre le Haut Conseil. Certains observateurs considèrent aujourd'hui la Maison de Velours comme le second véritable contre-pouvoir de Vaelris. Une telle position aurait pu provoquer une rivalité ouverte avec la Guilde des Voleurs. Il n'en fut rien.
Veyrissia et Sorn
Beaucoup cherchent à savoir si Dame Veyrissia et Sorn sont alliés. La question est probablement mal posée. Ils se comprennent. Tous deux connaissent la rue. Tous deux savent ce que signifie survivre lorsque personne ne vous attend au lendemain. L'un a grandi parmi les mendiants et les voleurs, l'autre fut vendue avant même d'avoir choisi sa propre vie. Ils n'ont jamais cherché à prendre leur revanche sur le monde. Ils ont simplement décidé qu'il ne les briserait plus jamais. Cette compréhension suffit à maintenir un équilibre fragile entre leurs deux institutions. Sorn protège les ombres. Veyrissia protège les confidences. Et chacun sait précisément où s'arrête son territoire.
Les filles de la Maison
Dame Veyrissia refuse que la Maison de Velours devienne une prison. Aucune femme n'y reste contre son gré. Certaines y travaillent quelques mois, d'autres plusieurs années. Lorsqu'une pensionnaire souhaite partir, apprendre un métier ou ouvrir sa propre boutique, Veyrissia l'aide autant qu'elle le peut. Plusieurs commerçantes prospères de Vaelris doivent aujourd'hui leur premier investissement à celle qui fut autrefois leur protectrice. Cette bienveillance ne relève pas de la naïveté. Elle sait mieux que quiconque ce que signifie perdre toute liberté. Une seule règle demeure absolue : aucune contrainte, jamais. Le client qui oublierait cette règle ne remettrait plus jamais les pieds dans la Maison de Velours.
La patience
Contrairement à beaucoup d'autres membres du Haut Conseil, Veyrissia ne cherche jamais à répondre immédiatement. Elle écoute, observe et attend. Ses décisions semblent parfois tardives. Elles arrivent pourtant presque toujours au moment où elles deviennent inévitables. Les joueurs d'échecs racontent souvent qu'elle abandonne volontiers quelques pièces si cela lui permet d'obtenir, plusieurs dizaines de coups plus tard, la position qu'elle recherchait depuis le début. Beaucoup découvrent trop tard qu'ils ne jouaient pas la même partie qu'elle.
Une beauté qui défie le temps
Il existe un détail que les habitués de la Maison de Velours évoquent parfois à voix basse, généralement tard dans la nuit. Personne ne semble capable de dire quel âge possède réellement Dame Veyrissia. Les plus jeunes la décrivent comme une femme encore dans la force de l'âge. D'autres, qui prétendent l'avoir connue vingt ou trente ans auparavant, assurent qu'elle n'a presque pas changé. Plus étrange encore, certains jurent qu'elle paraît parfois plus jeune que la veille, tandis que d'autres la trouvent soudain marquée par une fatigue ancienne avant de la revoir, quelques jours plus tard, retrouver un visage étonnamment lumineux.
Les hypothèses ne manquent pas. Quelques érudits lui prêtent une lointaine ascendance elfique sans qu'aucun trait de son visage ne permette réellement de l'affirmer. D'autres parlent d'une magie oubliée ou d'un ancien pacte dont personne ne connaît la nature. Aucune preuve ne vient soutenir ces récits, et Veyrissia ne les dément jamais. Elle se contente de sourire, puis elle change de sujet.
La Dame de Velours
Peu nombreux sont ceux qui utilisent encore son nom. Pour la plupart des habitants de Vaelris, elle est simplement la Dame de Velours. Un titre qu'elle n'a jamais revendiqué et que personne ne songe à lui retirer. Elle n'a ni armée, ni forteresse, ni titre de noblesse particulièrement prestigieux. Pourtant, toucher à Veyrissia reviendrait à s'attirer la colère d'une partie du Haut Conseil, de nombreux marchands, de capitaines influents, de la Maison de Velours tout entière et probablement de Sorn lui-même. Sa véritable protection ne réside pas dans des gardes. Elle réside dans les innombrables dettes, confidences et services rendus au fil des années.
« Beaucoup pensent que Sorn règne sur les ombres de Vaelris. Ils oublient souvent que les ombres elles-mêmes viennent parfois chercher conseil auprès de la Dame de Velours. »
Gildo Hamandus
Chroniques du Haut Royaume
Archives associées
Pour poursuivre l'exploration des influences de Vaelris, consulter également les archives consacrées à Sorn, à la Maison de Velours, à Lysandra Velorien et à Miranda.