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Archive n° 003

La Maison de Velours

À Vaelris, certains achètent du vin, d'autres des lames. Les plus puissants achètent le silence.

La Maison de Velours à Vaelris

La Maison de Velours se dresse à quelques rues seulement des quais, là où les cris des débardeurs se brisent contre les façades de pierre blanche et où l'odeur du sel cède peu à peu la place à celle des jardins intérieurs.

De l'extérieur, rien ne la distingue véritablement des riches demeures qui l'entourent. Une porte de chêne sombre, un balcon de fer forgé, quelques lanternes aux flammes ambrées. Lorsque le vent vient du port, les glycines accrochées à la façade mêlent leur parfum aux embruns.

Mais dès que l'on franchit le seuil, Vaelris semble disparaître.

Le tumulte de la ville s'éteint derrière les lourdes tentures. L'air devient plus chaud. Des dizaines de bougies projettent une lumière dorée sur les boiseries cirées, les miroirs anciens et les tapis venus des royaumes du Sud. Une odeur de cire fondue, de bois précieux, de fleurs séchées et d'épices flotte dans les salons.

On croit reconnaître le jasmin. Puis la cannelle. Puis quelque chose d'indéfinissable, un parfum doux et légèrement fumé qui n'appartient qu'à cet endroit.

Aucun rire n'y est véritablement bruyant. Aucune voix ne dépasse les autres. Même les verres semblent s'entrechoquer avec retenue.

Le visiteur doit être accueilli sans empressement et observé sans insistance.

Ce qu'il choisit de taire importe parfois davantage que ce qu'il raconte.

Une réputation soigneusement entretenue

Pour les voyageurs, la Maison de Velours n'est qu'un établissement de plaisir parmi les plus raffinés de la cité. On y vient pour le vin, la musique, la danse, la douceur d'une présence ou l'illusion d'être attendu.

Cette réputation n'est pas fausse. Elle est simplement incomplète.

Les femmes et les hommes qui y reçoivent les visiteurs séduisent moins qu'ils n'écoutent. Un regard trop long, une hésitation devant un nom, une main qui se resserre autour d'une coupe : rien ne paraît leur échapper.

Note de Gildo : « Les puissants parlent rarement lorsqu'on les interroge. Ils parlent beaucoup lorsqu'ils pensent être compris. »

Veyrissia

Au cœur de cette demeure règne Veyrissia.

Personne ne l'a jamais vue élever la voix. Personne ne se souvient davantage de l'avoir vue perdre son calme. Elle accueille les princes comme les contrebandiers avec la même politesse, mais rares sont ceux qui parviennent longtemps à soutenir son regard.

Il y a dans ses yeux une patience presque ancienne. Comme si chaque visiteur n'était qu'une histoire supplémentaire venant s'ajouter à une collection commencée bien avant sa naissance.

La maîtresse de maison reçoit seule les visiteurs dont la présence pourrait modifier l'équilibre de la cité.

La raison exacte de l'entretien ne doit jamais figurer dans les registres.

Les habitués affirment que l'on ne ment jamais très longtemps devant Veyrissia. Ils ignorent pourquoi. Ils cessent simplement d'essayer.

Les règles de la Maison

La Maison accueille toutes les factions. Marchands, nobles, mercenaires, prêtres, capitaines et espions peuvent y franchir le même seuil sans devenir officiellement ennemis.

Aucune arme ne peut être portée dans les salons privés. Aucune dette ne peut y être recouvrée. Aucun sang ne peut y être versé.

Celui qui enfreint ces règles est exclu. Parfois de la Maison. Parfois de bien davantage.

Le véritable commerce

Les étrangers pensent que l'or fait vivre la Maison de Velours.

Ils se trompent.

L'or n'est que le prix d'entrée. La véritable richesse circule dans les confidences murmurées entre deux coupes de vin, dans les promesses oubliées au petit matin et dans les rivalités que les hommes révèlent lorsqu'ils croient enfin pouvoir déposer leur masque.

À Vaelris, un secret peut sauver une flotte, renverser un marchand ou déclencher une guerre. La Maison en recueille davantage qu'aucune autre institution de la cité.

Rumeur des quais : la Maison connaît le nom du prochain duc avant même que le précédent ne tombe malade.

Une neutralité qui a un prix

La Maison ne prend officiellement aucun parti. Cette neutralité constitue son bouclier, mais aussi sa faiblesse.

Pour demeurer intouchable, elle doit être utile à tous sans appartenir à personne. Elle vend rarement une information. Elle préfère l'échanger contre une faveur, une dette ou un silence futur.

Ainsi se tisse autour d'elle un réseau que personne ne peut véritablement mesurer. Une toile sans emblème, sans armée et sans frontière, mais dont les fils traversent les palais, les guildes et les tavernes.

Regard de l'archiviste

Je suis entré dans la Maison de Velours convaincu d'y découvrir un lieu de plaisir.

J'en suis ressorti persuadé qu'il s'agissait de l'un des endroits les plus dangereux de Vaelris.

Les épées ne tuent qu'une fois. Les secrets, eux, continuent de frapper longtemps après que celui qui les a confiés s'est cru en sécurité.

La Maison de Velours ne force personne à parler. Elle offre seulement un endroit où le silence devient trop lourd à porter.

Le présent document ne doit pas être communiqué aux représentants étrangers sans autorisation du Haut Conseil.

Toute copie supplémentaire devra être consignée.