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Archive n° 013

Sorn

Premier Voleur de Vaelris, maître d'une guilde qui ressemble davantage à une armée qu'à une confrérie criminelle.

Sorn, Premier Voleur et maître de la Guilde des Voleurs de Vaelris

Peu de personnages divisent autant les opinions que Sorn, maître de la Guilde des Voleurs de Vaelris. Pour les marchands, il est un criminel dont la seule existence constitue une insulte à la loi. Pour les pauvres, il représente parfois la seule justice capable de s'exercer lorsque le pouvoir détourne les yeux. Quant aux membres du Haut Conseil, ils reconnaissent volontiers qu'ils dormiraient moins sereinement s'il venait à disparaître. Cette contradiction résume assez bien l'homme. À Vaelris, nul n'ignore son nom. On évite simplement de le prononcer trop fort.

Contrairement à la plupart des chefs de guildes criminelles, Sorn ne recherche ni les richesses démesurées ni les démonstrations de puissance. Il ne possède pas de palais, n'organise pas de réceptions et ne collectionne aucune distinction. Son pouvoir repose ailleurs : il est probablement le seul homme capable de maintenir un semblant d'ordre dans tout ce que la ville préfère ne pas voir.

Une armée plutôt qu'une guilde

Parler de « guilde des voleurs » est presque réducteur. Sorn dirige une organisation qui rassemble voleurs, receleurs, contrebandiers, espions, mendiants, passeurs, faussaires et assassins. Tous ceux qui souhaitent exercer l'une de ces activités dans Vaelris doivent obtenir, tôt ou tard, l'accord de la Guilde. La plupart des étrangers y voient une forme de tyrannie. Les habitants de Vaelris y voient plutôt un mal nécessaire.

Car sous l'autorité de Sorn, le crime obéit à des règles. Un contrat accepté doit être honoré. Une dette doit être remboursée. Un membre qui agit sans autorisation met en danger l'ensemble de l'organisation et disparaît généralement avant d'avoir eu le temps de comprendre son erreur. Il existe ainsi une étrange forme de stabilité dans les quartiers les plus sombres de la cité. Le désordre existe, mais il demeure contenu.

Le Premier Voleur

Les membres de la Guilde utilisent rarement le titre de maître. Entre eux, ils parlent simplement du Premier Voleur. Nul ne sait depuis quand cette appellation existe, mais elle dépasse largement une simple fonction. Elle désigne celui qui répond, en dernier ressort, de tout ce qui se déroule dans les ombres de Vaelris. Cette responsabilité explique sans doute pourquoi personne ne conteste réellement son autorité. Certains le craignent, beaucoup le respectent, tous lui obéissent. Non parce qu'ils y sont contraints, mais parce que chacun sait qu'aucun autre ne serait capable de maintenir un tel équilibre.

Un homme de discipline

Le visiteur qui rencontrerait Sorn pour la première fois retiendrait probablement son caractère abrupt, sa barbe négligée, sa voix grave et son goût prononcé pour la bière. Il en conclurait à tort que l'homme vit dans les excès. Sorn boit volontiers, festoie sans retenue, mais chaque matin, bien avant le lever du soleil, il s'impose plusieurs heures d'entraînement. Maniement des armes, endurance, combat à mains nues : depuis des années, aucun membre de la Guilde n'a le souvenir de l'avoir vu manquer une seule séance.

Cette rigueur, il l'exige également des siens. Rien ne le met davantage en colère que l'incompétence. À ses yeux, mourir faute de talent est une tragédie. Mourir faute d'avoir travaillé est une insulte.

Les règles invisibles

La plupart des lois de la Guilde ne sont écrites nulle part. Elles se transmettent par l'exemple. On ne vole jamais un membre de la Guilde. On ne trahit jamais un contrat accepté. On ne provoque pas inutilement les autorités. Et surtout, on ne sème jamais un chaos que l'on ne serait plus capable de contrôler.

Cette dernière règle résume sans doute la philosophie de Sorn. Contrairement à ce que pensent ses ennemis, il ne nourrit aucun goût particulier pour le désordre. Il considère simplement qu'un certain niveau d'ombre est nécessaire à la survie d'une grande ville. Sans cette ombre, la lumière finirait par devenir aveugle.

Le siège du Conseil

Parmi les membres du Haut Conseil de Vaelris, Sorn fait figure d'intrus. Il déteste les longues réunions, écoute peu et préfère rester debout. S'asseoir lui donne l'impression de perdre un temps précieux. Pourtant, tous les autres membres s'accordent sur un point : son absence créerait un vide considérable.

Le Duc Arvel apporte l'autorité. Les mages apportent leur savoir. Les marchands apportent leurs richesses. Sorn apporte la rue. Il sait avant les autres lorsqu'un quartier s'agite, lorsqu'une cargaison disparaît, lorsqu'un assassin franchit les portes de la ville ou lorsqu'une rumeur commence à circuler. À Vaelris, l'information voyage plus vite dans les tavernes que dans les palais, et cette information finit presque toujours entre les mains de Sorn.

Syra

Parmi tous ceux qui servent le Premier Voleur, une seule personne semble bénéficier d'une confiance absolue : Syra. Baeline d'origine, elle dirige les opérations les plus délicates de la Guilde. Ceux qui ont survécu à l'avoir affrontée la décrivent comme rapide, silencieuse et dépourvue de toute hésitation. Là où Sorn réfléchit encore, Syra agit déjà. Les ordres qu'elle reçoit ne souffrent aucune interprétation.

On murmure également qu'elle partage la vie du Premier Voleur. Aucun des deux n'a jamais jugé utile de confirmer ou de démentir cette rumeur.

Les Baelines

Le faible de Sorn pour les Baelines ne constitue un secret pour personne. Les mauvaises langues y voient une simple préférence féminine. La réalité paraît plus complexe. Il admire leur franchise, leur indépendance et leur refus instinctif de toute hypocrisie. Il leur arrive souvent de s'opposer à lui, parfois avec une insolence que peu d'autres oseraient se permettre. Cela semble davantage l'amuser que l'irriter.

Une paix fragile

Le paradoxe de Sorn apparaît finalement assez simple. Il dirige la plus grande organisation criminelle de Vaelris et pourtant, nombreux sont ceux qui considèrent qu'il constitue également l'un des principaux garants de sa stabilité. Si le Premier Voleur venait à disparaître, la Guilde se morcellerait probablement en dizaines de factions rivales. Les rues deviendraient le théâtre d'une guerre permanente où plus personne ne respecterait les anciennes règles.

Sorn ne protège pas les voleurs. Il protège l'équilibre. Et tant que cet équilibre perdure, Vaelris continue de survivre.

« Les souverains gouvernent les villes. Les hommes comme Sorn gouvernent tout ce que les souverains préfèrent ignorer. Lorsqu'ils oublient cette différence, les royaumes tombent rarement sous les coups de leurs ennemis. Ils s'effondrent sous le poids de leurs propres aveuglements. »

Gildo Hamandus
Chroniques du Haut Royaume

Pour poursuivre l'exploration des réseaux et des équilibres de Vaelris, consulter également les archives consacrées à Borik, à la Maison de Velours et aux Trapluns.