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Archive n° 001

Les Trapluns

Petits par la taille, immenses par la mémoire, les Trapluns comptent parmi les peuples les plus difficiles à comprendre de Vaelris.

Illustration des Trapluns

Lorsque l'on évoque les Trapluns, les étrangers imaginent souvent un peuple jovial, amateur d'histoires et de bonne chère. Cette réputation n'est pas entièrement usurpée. Elle est simplement incomplète.

Un peuple de voyageurs

Les Trapluns possèdent peu de royaumes durables. Ils préfèrent les routes, les ports, les auberges et les frontières mouvantes.

La parole avant l'épée

Ils savent écouter, négocier et convaincre. Ils savent également mentir avec une facilité déconcertante lorsqu'ils estiment la cause juste.

Ceux des villages et ceux des villes

Le voyageur peu attentif conclura rapidement qu'il existe deux peuples trapluns. D'un côté, ceux des campagnes, cultivateurs, artisans ou aubergistes, toujours prompts à partager un repas, une plaisanterie ou une bouteille. De l'autre, les Trapluns des grandes villes, plus discrets, plus insaisissables, vivant dans l'ombre des ruelles, des docks ou des marchés où circulent autant les informations que les marchandises.

Les Trapluns des villages semblent apprécier une existence simple. Ils cultivent leurs terres, entretiennent leurs ateliers et accueillent volontiers le voyageur de passage. Ils rient facilement, parlent fort et paraissent étrangers aux intrigues qui agitent les royaumes. Pourtant, il arrive qu'un inconnu pose une question maladroite dans une auberge isolée. Le lendemain, un Traplun rencontré plusieurs jours plus tard, à plusieurs centaines de kilomètres, semble déjà connaître cette conversation. Les plus observateurs commencent alors à se demander si cette bonhomie n'est pas, au moins en partie, une apparence soigneusement entretenue.

Les Trapluns des villes, eux, ne cherchent même plus à cacher leur goût pour les réseaux. Ils connaissent les dockers, les artisans, les taverniers, les gardes fatigués, les contrebandiers occasionnels et les enfants qui courent plus vite que les adultes. Ils semblent toujours savoir qui est arrivé dans la cité, qui l'a quittée, qui cherche quelqu'un et surtout qui préférerait ne pas être retrouvé. Ils excellent moins dans l'espionnage spectaculaire que dans une forme d'observation permanente. Leur véritable talent consiste moins à découvrir un secret qu'à comprendre lequel mérite d'être retenu.

Deux caractères ou deux apparences ?

Il serait tentant d'attribuer aux Trapluns des villes un caractère plus prudent, plus calculateur et plus attiré par les réseaux de pouvoir, tandis que ceux des villages seraient plus joviaux, directs et attachés à la terre. Cette distinction possède sans doute une part de vérité, mais elle reflète peut-être davantage les exigences de leur environnement qu'une différence profonde de tempérament.

Le Traplun des villages doit savoir recevoir, rassurer et préserver l'équilibre fragile d'une petite communauté. Celui des villes doit se rendre utile sans devenir trop visible, comprendre les rapports de force et savoir disparaître lorsque les puissants commencent à poser des questions. Tous deux observent, mémorisent et entretiennent des relations. L'un le fait autour d'une table de ferme, l'autre dans l'ombre d'une taverne. Le fond pourrait bien être identique.

On croit comprendre les Trapluns parce qu'ils se montrent accessibles. Pourtant, une part essentielle de leur vie collective demeure hors de portée. Ils ne semblent pas opposer un masque à la vérité. Ils paraissent plutôt considérer que chacun n'a droit qu'à la part de vérité nécessaire à la relation qu'il entretient avec eux.

Des ambitions difficiles à lire

Les royaumes aiment attribuer à chaque peuple une ambition générale. Les marchands chercheraient le profit, les nains la stabilité de la pierre, les Baelins la continuité de leur lignée et les mages la connaissance. Les Trapluns échappent à ce genre de classement. Pris individuellement, ils semblent poursuivre des objectifs modestes : protéger leur famille, faire prospérer un commerce, retrouver un proche, gagner suffisamment pour la saison ou vivre une aventure dont ils pourront tirer une bonne histoire.

Pourtant, lorsqu'ils sont nombreux, ils donnent parfois l'impression d'agir avec une cohérence troublante. Aucun chef ne se montre, aucun ordre n'est proclamé, mais chacun semble savoir quand aider, transmettre, détourner l'attention ou garder le silence. Cette coordination pourrait n'être qu'une conséquence de leurs liens communautaires. Elle pourrait également répondre à des objectifs collectifs que les autres peuples ne sont pas censés comprendre.

La magie, rarement mais jamais interdite

Rien, dans la nature des Trapluns, ne les empêche de pratiquer la magie. Pourtant, ils sont peu nombreux à choisir cette voie. Les longues années d'étude, les disciplines rigides et la tendance de certains maîtres à traiter chaque phénomène comme une question théorique s'accordent mal avec leur goût des solutions immédiates et concrètes. Un problème correctement résolu avec une corde, un crochet ou deux mains agiles leur paraît souvent préférable à un sort exigeant trois heures de préparation.

Trouver un Traplun dans une école de magie demeure donc rare, mais les exceptions existent. Lorsqu'ils s'y consacrent, ils privilégient souvent les pratiques demandant précision, discrétion et souplesse : illusions mineures, enchantements utilitaires, manipulation d'objets ou magie de proximité. Ils sont rarement les plus spectaculaires de leur école, mais peuvent devenir les plus déroutants.

Les mains et les cartes

Leur véritable réputation tient toutefois à leur dextérité. Les doigts trapluns semblent faits pour les mécanismes fins, les serrures, les instruments de précision, la joaillerie, les nœuds complexes et tous les travaux que les mains plus larges rendent difficiles. Cette habileté explique leur présence fréquente parmi les artisans, les prestidigitateurs et, naturellement, les voleurs.

Les tours de cartes, de pièces ou de gobelets font partie des divertissements les plus répandus dans leurs communautés. Les enfants les apprennent souvent avant même de savoir compter correctement. Il serait injuste d'en conclure qu'ils deviennent tous tricheurs. Il serait tout aussi imprudent d'oublier qu'ils possèdent les compétences nécessaires pour le faire sans être vus.

Les voyageurs expérimentés évitent donc de jouer aux cartes avec un Traplun, sauf lorsqu'ils savent exactement ce qu'ils font. Même dans ce cas, il reste possible que le Traplun le sache mieux encore.

Le cas de Monsieur Soulombre

Monsieur Soulombre ressemble, à première vue, à un Traplun ordinaire. Il est poli, souriant et patient.