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Archive n° 018

Les Baelins

Le peuple dont le feu ne s'éteint jamais.

Plusieurs Baelins devant les volcans et les Temple-Maisons de Baal-Dar

Parmi les peuples connus du continent, aucun ne ressemble véritablement aux Baelins. Leur silhouette est immédiatement reconnaissable, mais ceux qui les jugent à leur seule apparence passent généralement à côté de l'essentiel. Car un Baelin ne se définit ni par ses oreilles, ni par sa queue, ni même par la couleur de ses yeux. Il se définit par ce qu'il porte en lui : la mémoire d'une terre que tous ont quittée un jour, volontairement ou non.

Tous les Baelins descendent de Baal-Dar, l'île des volcans. Qu'ils y soient nés ou qu'ils appartiennent à des générations d'exilés, tous considèrent cette île comme leur origine. Pour certains, elle demeure une patrie inaccessible. Pour d'autres, elle n'est plus qu'un souvenir transmis par les anciens. Pourtant, aucun Baelin ne parle de Baal-Dar avec indifférence. Là-bas se trouvent leurs lignées, leurs volcans et leurs ancêtres. Là-bas aussi demeure une frontière invisible que peu espèrent encore franchir.

Les enfants de la cendre

La plupart des Baelins possèdent des yeux aux teintes inhabituelles. Le jaune profond est le plus fréquent, mais certaines lignées présentent des iris rouges, ambrés, couleur de cendre ou presque orangés. Leur regard dérange parfois les étrangers. Selon les familles, il rappelle celui d'un félin prêt à bondir ou d'un ancien reptile observant le monde avec un calme inquiétant.

Leurs oreilles sont plus ou moins longues ou effilées selon les lignées, tandis que leur queue constitue un véritable prolongement de leur équilibre. Souple et expressive, elle accompagne leurs mouvements autant qu'elle trahit parfois leurs émotions malgré eux. Les Baelins possèdent une remarquable maîtrise de leur corps. Leur souplesse est naturelle, leur équilibre exceptionnel et leurs gestes rarement inutiles. Ils marchent avec une aisance presque silencieuse et semblent toujours économiser leurs mouvements. Cette qualité en fait d'excellents danseurs autant que des combattants redoutables. Beaucoup d'écoles d'armes reconnaissent que leur façon de combattre relève davantage de la fluidité que de la force.

Le corps n'est jamais une honte

Contrairement à bien des peuples du continent, les Baelins entretiennent un rapport très libre avec leur propre corps. La pudeur telle que la conçoivent les humains leur paraît souvent artificielle. Ils accordent davantage d'importance à l'attitude qu'à la nudité, au respect qu'aux apparences. Cette différence culturelle a longtemps alimenté d'innombrables malentendus avec les royaumes voisins. Les voyageurs interprètent volontiers leur aisance comme de la provocation ou de la séduction, alors qu'il ne s'agit bien souvent que d'une absence de gêne.

Un peuple aux mille tempéraments

Les étrangers commettent souvent l'erreur de croire que tous les Baelins se ressemblent. Rien n'est plus faux. Comme les volcans de Baal-Dar dont ils sont issus, leurs caractères varient profondément selon les lignées. Certains débordent d'énergie, parlent fort, rient facilement et semblent incapables de demeurer immobiles. D'autres possèdent un calme presque dérangeant. Leur silence n'est jamais vide ; il ressemble au grondement lointain d'un volcan ancien dont nul ne sait s'il dort encore.

Beaucoup sont spontanés, impulsifs et passionnés. D'autres étonnent par une patience presque infinie. Les Baelins eux-mêmes expliquent ces différences par l'influence des volcans auxquels leurs familles demeurent liées, même à plusieurs générations de distance. Les chroniqueurs du Haut Royaume se gardent bien de confirmer cette théorie. Ils constatent simplement qu'elle semble souvent se vérifier.

Des citadins avant tout

Les Baelins vivent difficilement loin des villes. Sur le continent, on rencontre rarement des villages entièrement baelins et plus rarement encore des cultivateurs de leur peuple. Ils se montrent généralement médiocres agriculteurs, non par incapacité mais par manque d'intérêt. La pierre leur parle davantage que la terre.

Ils préfèrent les ports, les quartiers marchands, les cités fortifiées et les rues animées aux campagnes silencieuses. On les retrouve souvent parmi les artisans, les gardes, les navigateurs, les mercenaires ou les métiers demandant précision et dextérité. Le commerce ne les attire guère, à une exception près : les pierres précieuses et les métaux rares. Dans ce domaine, leur savoir-faire rivalise parfois avec celui des nains eux-mêmes. Plusieurs ateliers réputés de Vaelris doivent leur renommée à des maîtres baelins dont les œuvres circulent désormais jusqu'au Haut Royaume.

Les enfants des bannis

La plus importante communauté baeline du continent vit aujourd'hui à Vaelris. Il ne s'agit pas d'une colonie officielle envoyée par Baal-Dar. Bien au contraire. La plupart descendent de familles bannies au fil des siècles. Certains furent exilés pour des raisons politiques, d'autres pour avoir défié leur Temple-Maison, d'autres encore simplement parce que leur présence était devenue incompatible avec l'ordre ancien.

Au fil des générations, ces exilés trouvèrent refuge dans la cité portuaire. Vaelris leur offrit ce que leur île ne leur accordait plus : une place où recommencer.

Deux peuples, un même sang

Les Baelins de Baal-Dar et ceux du continent partagent les mêmes origines. Ils ne forment pourtant plus tout à fait le même peuple. Pour les habitants de Baal-Dar, les exilés n'existent plus réellement. Le bannissement ne constitue pas seulement une sanction ; il rompt le lien qui unit une lignée à son volcan. Cette fracture dépasse la politique. Elle touche à l'identité même.

Les Baelins du continent en sont parfaitement conscients. Beaucoup parlent encore de l'île avec respect, parfois avec nostalgie. Certains rêvent d'y retourner un jour. Mais au fond d'eux, tous savent qu'un retour véritable n'existe plus. Ce qui a été fissuré ne retrouve jamais exactement sa forme première. Un Baelin né sur le continent pourra apprendre les traditions, parler les anciens dialectes, connaître les Sigils de Cendre et honorer les ancêtres. Il ne redeviendra jamais un véritable enfant de Baal-Dar. Et c'est peut-être cette certitude qui explique le regard mélancolique que certains portent vers l'est lorsque les navires quittent le port de Vaelris.

« Les hommes pensent souvent que les Baelins regrettent leur île. Ils se trompent peut-être. On ne regrette pas seulement un lieu. On regrette parfois la personne que l'on aurait pu devenir si l'on n'avait jamais été contraint de le quitter. Les Baelins du continent portent cette question en eux comme d'autres portent une cicatrice. Invisible, ancienne... et impossible à refermer. »

Gildo Hamandus
Chroniques du Haut Royaume

Archives associées

Pour poursuivre l'exploration des origines et des lignées baelines, consulter également les archives consacrées à Baal-Dar, à Kaelira Varkhys et à Borik.