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Archive n° 006

Rob

Un homme sans titre, sans fortune et sans magie apparente, que les événements semblent pourtant avoir choisi.

Rob, voyageur arrivé dans la cité de Vaelris

Les registres de la ville ne gardent aucune trace particulière de l'arrivée de Rob. Il entra dans Vaelris comme tant d'autres avant lui, portant davantage de fatigue que de richesse, le visage encore marqué par les routes et les jours dont personne ne songea à lui demander le récit. Les gardes ne lui accordèrent qu'un regard distrait, les dockers oublièrent aussitôt sa silhouette et les aubergistes n'y virent qu'un voyageur de plus venu chercher un lit, un repas ou quelques heures à l'abri du vent marin. Rien, dans son allure, ne permettait alors de deviner que cet homme discret allait bientôt croiser la route de presque toutes les forces qui façonnent Vaelris.

Un homme que rien ne désignait

Les chroniqueurs aiment les êtres dont la grandeur se révèle avant même qu'ils aient parlé. Les capitaines imposent le silence par leur seule présence, les mages laissent derrière eux une tension dans l'air et les princes portent leur rang jusque dans la manière dont ils se tiennent. Rob ne possède rien de tout cela. Il ne commande ni armée ni guilde, ne maîtrise aucune magie connue et son adresse au combat demeure celle d'un homme qui s'est surtout battu pour survivre. Il doute, hésite, commet des erreurs et découvre souvent trop tard les règles du jeu dans lequel on l'a poussé. C'est précisément cette apparente banalité qui rend son parcours si difficile à expliquer.

À Vaelris, les hommes ordinaires disparaissent généralement dans le mouvement de la ville. Ils deviennent marins, artisans, soldats, débiteurs ou cadavres, parfois tout cela dans un ordre différent. Rob, lui, semble attirer les événements sans jamais les convoquer. Les rencontres qui auraient dû rester impossibles se produisent autour de lui, les rivalités anciennes trouvent soudain un point de contact et les figures les plus insaisissables de la cité finissent par connaître son nom. Ce phénomène pourrait n'être qu'une suite de coïncidences, mais il est des coïncidences dont l'accumulation finit par ressembler à une volonté.

Ce que les autres voient en lui

Il est frappant d'observer la manière dont ceux qui approchent Rob modifient peu à peu leur jugement. Borik, peu enclin à offrir son amitié au premier venu, lui accorde rapidement une confiance que d'autres n'obtiennent jamais. Tillo et Mara Brindelune lui ouvrent l'aile des résidents de la Traverse des Brumes et lui offrent ce que leur maison possède de plus précieux : du temps, du calme et l'illusion momentanée que le monde peut attendre derrière une porte fermée. Même Veyrissia, dont la bienveillance n'est ni facile ni gratuite, semble parfois hésiter entre la méfiance que Rob devrait lui inspirer et quelque chose de plus difficile à nommer.

Rob ne séduit pourtant ni par l'éloquence ni par une assurance remarquable. Sa force réside ailleurs, dans une forme d'obstination presque modeste qui le pousse à rester lorsque la prudence lui conseillerait de fuir. Il écoute plus qu'il ne parle, conserve parfois une confiance que les circonstances ne méritent plus et accepte de voir chez les autres ce qu'ils s'efforcent eux-mêmes de cacher. Cette disposition le rend vulnérable aux mensonges, mais elle lui permet aussi de franchir des défenses que ni l'or, ni la menace, ni la magie ne sauraient ouvrir.

Le regard de Fling

L'intérêt que lui porte Fling demeure l'un des aspects les plus obscurs de son histoire. L'archimage ne protège jamais quelqu'un sans raison, mais il préfère généralement que cette raison ne soit comprise qu'une fois devenue inutile. Lorsque Rob fut blessé et dut quitter pour un temps les remous de la ville, Fling organisa son installation à la Traverse des Brumes. La chambre, les repas et la durée du séjour furent réglés sans que Rob sache précisément qui avait payé, pour combien de temps ni selon quel accord passé avec les Brindelune. Tout semblait avoir été décidé avant même qu'il ne franchisse la porte basse de l'établissement.

Fling l'observe avec cette patience particulière qu'il réserve aux problèmes qu'il ne souhaite pas résoudre trop vite. Il intervient rarement de manière directe, préférant déplacer une rencontre, glisser un nom dans une conversation ou ouvrir une porte dont Rob ignorait jusqu'à l'existence. Il serait tentant d'en conclure que le mage se sert de lui comme d'une pièce sur un échiquier. Cette comparaison échoue pourtant sur un point : Fling semble parfois ignorer lui-même jusqu'où cette pièce peut se déplacer.

L'art de demeurer vivant

Rob ne possède peut-être aucun don spectaculaire, mais il en est un que les chroniqueurs mentionnent avec une régularité croissante : il survit. Non parce qu'il serait invincible, ni même particulièrement prudent, mais parce qu'il refuse d'abandonner lorsque tout devrait déjà être terminé. La douleur le ralentit sans l'arrêter, la peur l'accompagne sans décider à sa place et les trahisons, plutôt que de le durcir tout à fait, semblent seulement rendre sa confiance plus attentive. Cette ténacité n'a rien de glorieux lorsqu'on l'observe de près. Elle ressemble davantage à la marche d'un homme qui ignore où se trouve la sortie mais refuse de rester assis dans l'obscurité.

Ceux qui l'entourent finissent souvent par être entraînés dans ce mouvement. Certains retrouvent auprès de lui une part d'eux-mêmes qu'ils avaient renoncé à défendre, d'autres découvrent avec irritation qu'ils ne sont pas aussi indifférents qu'ils le prétendaient. Rob ne transforme pas les êtres par de grands discours. Il agit plutôt comme une fissure dans une muraille, presque invisible au commencement, puis impossible à ignorer lorsque la lumière commence à passer.

Un point de convergence

Quelques érudits soutiennent que certains individus modifient les probabilités simplement par leur présence. Ils ne prédisent pas les événements et ne les commandent pas, mais deviennent le lieu où des trajectoires jusque-là séparées se rejoignent. Aucune preuve sérieuse ne permet d'attribuer un tel phénomène à Rob. Pourtant, les faits s'accumulent : le Sorn, la Maison de Velours, les Brindelune, Fling et plusieurs représentants des peuples que Vaelris ne rencontre qu'avec prudence apparaissent successivement dans son histoire. Chacun semble poursuivre son propre dessein, mais tous finissent par passer près de lui.

Peut-être Rob n'est-il qu'un voyageur étonnamment malchanceux. Peut-être Fling prépare-t-il depuis longtemps une manœuvre dont il refuse de révéler la forme. Peut-être enfin existe-t-il des hommes qui, sans le savoir, portent en eux un espace où l'histoire aime venir se nouer. J'ai interrogé plusieurs témoins à ce sujet. Les humains ont proposé des théories, les mages ont corrigé les termes de mes questions et un Baelin s'est contenté de répondre que les pierres ignorent toujours pourquoi la rivière les choisit.

Une histoire encore ouverte

Il serait prématuré de mesurer la place de Rob dans l'histoire de Vaelris. Les chroniques ne savent juger les hommes qu'une fois leurs choix achevés, leurs erreurs figées et leurs morts suffisamment anciennes pour ne plus déranger personne. Rob appartient encore au présent. Il avance parmi des puissances qu'il comprend mal, lié à des êtres qui ne lui disent qu'une partie de la vérité, et conserve malgré tout cette étrange faculté de demeurer lui-même alors que la ville entière semble vouloir lui assigner un rôle.

Ceux qui l'ont croisé ne s'accordent ni sur sa valeur ni sur son avenir. Certains le jugent naïf, d'autres dangereux, plusieurs simplement perdu. Tous reconnaissent pourtant, parfois avec réticence, que son passage laisse quelque chose derrière lui : une dette, une question, une fidélité inattendue ou le souvenir d'un choix que l'on croyait ne plus être capable de faire.

Archives associées

Pour poursuivre l'exploration des lieux et des personnages liés au parcours de Rob, consulter également les archives consacrées à Fling, à la Traverse des Brumes , à la Maison de Velours et à Ball Dar.