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Archive n° 012

Gildo Hamandus

Le plus célèbre chroniqueur du monde, ou peut-être le plus grand secret jamais entretenu par le Haut Royaume.

Gildo Hamandus, chroniqueur mystérieux du Haut Royaume

Il existe peu de noms connus jusque dans les villages les plus reculés du continent. Celui de Gildo Hamandus en fait partie. Depuis plusieurs décennies, ses chroniques circulent d'un royaume à l'autre, décrivant peuples, coutumes, créatures, guerres et découvertes avec une précision remarquable. Les érudits les recopient, les marchands les consultent avant de préparer une expédition et les souverains les lisent avec autant d'intérêt que de méfiance. Pourtant, un détail intrigue depuis toujours ceux qui s'intéressent à son œuvre : personne ne semble avoir rencontré Gildo Hamandus avec certitude.

Les témoignages sont nombreux, parfois même contradictoires. Les uns évoquent un vieil homme à la barbe blanche, d'autres une jeune femme parcourant les routes sous une fausse identité. Certains le disent mage, d'autres simple voyageur, naturaliste ou cartographe. Plus troublant encore, plusieurs récits le situent à des milliers de kilomètres de distance à quelques semaines d'intervalle seulement. Les plus raisonnables concluent que ces témoignages sont erronés. D'autres préfèrent une hypothèse autrement plus dérangeante : et si Gildo Hamandus n'avait jamais été une seule personne ?

Le Haut Royaume

À plusieurs milliers de kilomètres à l'est de Vaelris s'étend le Haut Royaume, le plus puissant État connu. Peu de voyageurs s'y rendent et moins encore en reviennent avec des descriptions fiables. Les cartes les plus précises ne montrent guère davantage qu'un immense territoire protégé par des montagnes, traversé de fleuves gigantesques et ponctué de cités fortifiées. Pourtant, nul ne conteste sa puissance. Les royaumes voisins craignent son armée, admirent sa richesse et redoutent surtout une influence qui dépasse largement ses frontières.

Car la véritable force du Haut Royaume ne réside ni dans son or, ni dans ses soldats. Elle réside dans la connaissance. Le souverain aurait autrefois formulé un principe devenu célèbre parmi ses stratèges.

Depuis des siècles, le Haut Royaume finance ainsi des expéditions dont l'objectif n'est pas de conquérir mais d'observer. Cartographes, chroniqueurs, naturalistes, ingénieurs, médecins, diplomates ou linguistes parcourent le continent dans toutes les directions. Ils consignent tout ce qu'ils voient : les peuples, les langues, les coutumes, les plantes, les routes commerciales, les créatures inconnues, les progrès de la magie comme ceux de l'artisanat. Rien n'est considéré comme insignifiant, car une information apparemment anodine aujourd'hui pourrait devenir capitale plusieurs décennies plus tard.

Les Chroniques de Gildo

Toutes ces observations rejoignent les immenses bibliothèques du Haut Royaume où elles sont comparées, vérifiées, classées puis réécrites avant d'être diffusées sous une seule signature : Gildo Hamandus. Nul ne sait s'il s'agit d'un homme, d'un maître chroniqueur ou d'une institution entière. Certaines rumeurs évoquent un vaste réseau de rédacteurs, chacun chargé d'une région du monde avant que leurs travaux ne soient harmonisés afin de conserver un style unique. Le Haut Royaume ne confirme jamais cette théorie. Il ne la dément pas davantage.

Le savoir comme première arme

Le Haut Royaume abrite la plus grande concentration d'érudits connue. Les académies militaires y côtoient les universités, les bibliothèques et les laboratoires où travaillent ensemble mages, ingénieurs, mathématiciens et artisans. Là où la plupart des royaumes opposent la magie à la science, le Haut Royaume considère qu'elles poursuivent exactement le même objectif : comprendre les lois du monde afin d'agir sur elles.

Cette philosophie aurait permis l'apparition de réalisations qui paraissent presque impossibles aux voyageurs étrangers. Les récits parlent de ponts capables de se déployer en quelques minutes au-dessus d'un fleuve, de roues métalliques tournant sans chevaux, de lanternes restant allumées plusieurs semaines sans huile, d'ascenseurs gravissant les murailles des forteresses ou encore d'étranges mécanismes dont même les mages peinent à expliquer le fonctionnement. Les savants du Haut Royaume ne parlent jamais de miracles. Ils parlent simplement de mécanique.

Les voyageurs du Roi

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les agents du Haut Royaume ressemblent rarement à des espions. Ils deviennent plus volontiers marchands, artisans, médecins, professeurs, explorateurs ou simples pèlerins. Certains vivent plusieurs années dans une région avant de poursuivre leur route, laissant derrière eux le souvenir d'un homme discret ou d'une femme cultivée dont personne n'aurait songé à se méfier.

Ils ne cherchent pas à influencer les royaumes qu'ils traversent. Ils cherchent à les comprendre. Leurs observations alimentent peu à peu les Chroniques de Gildo Hamandus, enrichissant une œuvre qui dépasse depuis longtemps la vie d'un seul individu.

Pourquoi tant de savoir ?

Les Chroniques répondent à presque toutes les questions, sauf à celle-ci. Pourquoi le Haut Royaume consacre-t-il autant de ressources à observer des peuples parfois situés à plusieurs milliers de kilomètres de ses frontières ? Pourquoi accumuler tant de connaissances sans jamais chercher à conquérir les territoires étudiés ?

Les stratèges du royaume répondent souvent par une maxime devenue célèbre : l'ennemi le plus dangereux est toujours celui que l'on découvre trop tard. Mais certains pensent que cette explication ne suffit pas. Peut-être le Haut Royaume prépare-t-il simplement l'avenir. Peut-être cherche-t-il à préserver le savoir du monde avant qu'il ne disparaisse. Ou peut-être poursuit-il un objectif que nul, en dehors de ses souverains, n'est encore en mesure de comprendre.

Un homme, un titre ou un réseau

Gildo Hamandus fait vraisemblablement partie de ce dispositif, mais sa place exacte demeure impossible à établir. Peut-être existe-t-il un véritable chroniqueur à l'origine du nom, dont l'œuvre aurait été prolongée par ses successeurs. Peut-être plusieurs agents utilisent-ils cette identité lorsqu'ils parcourent le monde. Peut-être enfin le nom ne désigne-t-il que la signature finale apposée sur des textes rédigés par des dizaines de mains.

Cette incertitude sert parfaitement les intérêts du Haut Royaume. Un homme peut être suivi, interrogé ou supprimé. Une fonction peut être transmise. Un réseau, lui, peut continuer à observer même lorsque ses membres disparaissent. Tant que les chroniques paraissent, Gildo Hamandus demeure vivant.

« Les royaumes bâtissent leurs frontières avec de la pierre. Le Haut Royaume préfère les construire avec de la connaissance. Les premières finissent toujours par s'effondrer. »

Compilation des Archives de Vaelris
d'après les textes attribués à Gildo Hamandus

Pour poursuivre l'exploration du réseau d'information du Haut Royaume, consulter également les archives consacrées aux Trapluns, à Fling et aux Vrathmys.